il faudra que le temps et le lieu des larmes soit celui où tous les souvenirs se voilent

ouarzazate
il fait encore nuit
j'attends un chauffeur
le froid est si vif que je me réfugie dans l'hôtel
sur le bureau de la conciergerie, un vase
je vois ces fleurs, liées, coupées
coupées de la terre
coupées de la vie
je pense à elle
sa peur de qui j'étais m' avait donné la peur de qui je suis
je m'étais enfermée en moi, coupée
partir c'est parfois aimer
aimer plus que tout
aimer pour que chacun puisse prendre ses racines

parce que les fenêtres nous consolent...



parce que nous marchons en oubliant parfois de lever la tête,

en oubliant de rêver,

alors prendre le temps de regarder par la fenêtre, saisir la vision de ce qui est là sous les yeux, qui peut nous emporter loin,
dans un interstice sans peur

regarder ce qui nous console
rêver le lieu de nos extravagations

errances tarifaines, inventaire







il y a un détroit
il y a l'afrique
et il y a l'europe
le maroc
et l'espagne
il y a des frontières, certains les traversent plus aisément que d'autres
il y a une errance dans un village espagnol

à tarifa, j'ai erré

j'ai vu des retraités à la nationalité indéterminée rêver d'autres ailleurs
j'ai vu des kite-surfers au chômage technique, tatoués et torses nus faire des pompes dans la rue
j'ai vu des affiches pour cette corrida que le sud ne songe pas à encore à abroger
j'ai vu des lieux abandonnés, cela aurait pu être à tanger...






j'ai vu des affiches pour un festival, pont illusoire entre les deux continents?,
j'ai vu de grands oiseaux blancs qui eux sont sans frontières
j'ai vu un jeune supporter de barcelone et sa maman ( non, Pierre, il ne s'appelait pas Raphaël)
j'ai vu un pub, cela aurait pu être à gilbratar l'anglaise, encore une frontière...
j'ai vu un espagnol (enfin un), rêvant sur un banc, à quel ailleurs?






j'ai vu des affiches, ici, on peut voter
j'ai vu de jolies filles au dos dénudé
j'ai vu des photos d'en face, tiens, le photographe, je le connais
j'ai vu des hommes, derrière des barrières, qui s'affairaient sur un port

j'ai vu des panneaux, une frontière, à franchir, pour rêver d'ailleurs ?

alors, je suis repartie, errer vers mon propre ailleurs

les lieux "habités"





ici l'abandon est ailleurs
la lumière sculpte les lieux
je sens les présences
les cris
les rires
les pleurs


les nuits rouges
toujours
comme les lieux de l'exil intérieur




les nuits rouges
retrouver les lieux des oublis
les temps anesthésiés
les lieux des parenthèses

dehors, laisser hurler les chiens




le temps des matins de pluie rouge
je ne vois que les toits les antennes les mouettes
est-ce que la mer est une frontière ?




il y a toujours, dans chaque vie,
où tout n'est que le temps et le lieu d'illusion
peut-être ne faudrait-il ne jamais l'oublier... ?






cinq photographies et une dizaine d'heures pour 6000 kms...
pour deux continents et un océan
pour un océan de larmes
pour raconter les pleurs
les peurs
la pluie qui tombe et les regrets
pour le temps qui file et dont je ne sais plus rien faire
même pas photographier

"pars, et surtout ne te retourne pas..."
oui, il faudrait savoir faire cela sans doute pour être heureux






je roule dans les nuits de neige
d.ieu pleure des larmes de glace
et la route me dit "couche-toi tard, sois patiente, tu es unique, dépanne-toi au pétrole"
et la chanson dit ... "qu'est ce que ça peut faire... été comme hiver... qu'est ce que ça peut faire que je sois sonnée... qu'est ce que ça peut foutre...puisqu'au bout de la route...il y a cette lumière qui ne s'éteint jamais..."
les brûlures de glace envahissent les coeurs
seules existent alors encore les lumières,
repères/amers...



parfois le temps s'arrête
le coeur ralentit
le regard erre à la recherche de tout ce temps que l'on perd
il se pose sur les ombres
étrange paradoxe que celui de la photographie où il faut photographier la lumière pour révéler les ombres...

métaphore de nos vies... peut-être, sans doute







j'ai toujours aimé la nuit
les bars
où que je sois
comme le pouls d'une vie
le battement d'une ville
s'enfoncer dans la nuit
s'enfoncer dans le coeur
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